"-Ici Pierre Bourdan"
"-Ici Pierre Gosset"
"- Dans la nuit du 5 au 6, par des moyens tombés du ciel, nous faisons sauter quelques planches, et, avant d'arriver à Saumur, nous sautons du train en marche.
Il y a des gardes armés de mitraillettes dans toutes les cabines de serre-freins, mais le risque en vaut la peine.
- Nous roulons en bas du taillis, en bas du talus dans des taillis d'épines!
Interminablement, le train défile, au-dessus de nous, nous attendons des rafales de mitrailleuses, mais rien ne vient, enfin la locomotive de queue passe, le train s'en va, s'éloigne dans la nuit, nous sommes libres! Ahhhh... on respire un grand coup et on échange de grandes bourrées d'allégresse sur les épaules.
- Mais il faut trouver un gîte, nous marchons toute la nuit, au petit jour, après avoir traversé sans le savoir un aérodrome allemand, encore une veine, nous arrivons à une ferme, épuisés nous y allons franchement, nous sommes des prisonniers évadés, le fermier n'hésite pas une seconde, et je crois que nous n'oublierons jamais ce que lui et sa femme ont fait pour nous, et, si simplement, et ça c'est vraiment le coeur des gens de chez nous!
- Et puis pendant quelques jours, nous avons appris la culture de la bettrave sucrière, ça pourra peut être nous servir.
Ah! on s'est rapidement retapés! Le vin, les rillettes, la bonne humeur... malheureusement nous sommes pressés, les alliés vont-ils ou non passer par là? On se demande, on se demande où ça piétine, vous savez, on croit toujours que ça piétine quand on attend, enfin hier nous décidons de repasser les lignes, dix kilomètres en cariole, une quinzaine de kilomètres à pieds, nous croyons encore avoir devant nous de nouvelles épreuves et puis brusquement voilà, les avant-gardes américaines sont là, au détour du chemin.
- Le cycle est bouclé, nous retrouvons ici tout ce que nous avions laissés dix jours plus tôt, les drapeaux partout, des gens qui ne savent pas s'ils doivent rire ou pleurer et le vin qui coule à flots, nous nous trouvons à la pointe de l'avance américaine, les forces françaises amènent des prisonniers de partout, partout ils font le nettoyage des nids de résistance.
- Et aujourd'hui , nous voilà au micro, assis dans la paille, habillés comme des cultivateurs d'Anjou, et puis les pieds nus dans nos souliers.
En moins de dix jours, nous avons connu notre pays comme jamais nous
ne l'avions connu. "
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