Mesdames, Messieurs,
Nous voici, à nouveau réunis pour le 54ème anniversaire de la mort de nos 35 Jeunes, qui avaient à peine ou déjà 20 ans, et qui ont accepté, dans un même idéal et une même et héroïque volonté, sans calculs ni hésitations, ensemble, la dangereuse mission d'aller transporter des armes et ainsi de participer à la libération de Paris.
Cet appel était la plus cruelle des trahisons, et ils ont payé de leur vie leur généreux enthousiasme.
Nous sommes chaque année rassemblés en ce lieu du souvenir pour que jamais ne s'efface de nos mémoires l'exemple de nos 20 Francs-Tireurs et Partisans de Chelles, de nos 3 Membres de l'Organisation Civile et Mlitaire de la Jeunesse et de nos 12 Jeunes Chrétiens combattants.
Permettez-moi de me rappeler de 4 de ces jeunes martyrs que j'ai très bien connus bien qu'ayant 16 ans à cette époque, et dont j'ignorais les desseins.
Jacques RESTIGNAT suivait des cours d'art dramatique, Michel HUCHARD faisait des études de médecine, Maurice THIBAIRENQ était à l'ESSEC, et mon frère Pierre à HEC, tous les 4 animaient un cercle d'étudiants à l'église Saint Marcel, et appartenaient aussi aux Equipes Nationales, (ce qui équivaudrait aux Secouristes de la Croix Rouge d'aujourd'hui); ils sont d'ailleurs morts sous cet unifonne.
Mon frère était l'aîné de notre famille, et ce 16 Août 1944, contrairement à ses habitudes il n'était pas rentré. Je me souviens des heures d'angoisse et d'attente, car Paris était dans la fièvre et la tourmente, les troupes alliées se rapprochaient de la Capitale, et une atmosphère de peur et d'incertitude l'enveloppait.
Le lendemain seulement nous apprenions, mes Parents, mes Soeurs et moi la tragique et irréparable nouvelle.
Les corps mutilés de nos jeunes nous furent rendus, avec l'aide de la Croix Rouge, et les obsèques, dans Paris toujours occupé, furent célébrèes avec une intense émotion et une ferveur patriotique inoubliable.
Je pense toujours au calvaire de nos 35 frères d'armes, arrêtés, interrogés, brutalisés. J'imagine les longues et douloureuses heures de leur détention, aux regards et aux mots qu'ils devaient échanger les uns avec les autres, de soutien et peut-être d'espoir, avant d'être unis pour l'éternité. N'oublions jamais ce glorieux sacrifice, c'est notre histoire, trop souvent discrète dans certaines évocations, elle s'associe à celles et ceux qui à de nombreux angles des rues de Paris, et pour plus d'un millier, sont tombés pour la même et noble cause, rendre la France libre.
Enfin ce fut l'apothéose exaltante de la victoire, l'arrivée de la Division Leclerc et des troupes alliées, et la liesse de la libération de Paris.
Comme toutes les familles ici présentes nous n'avons pas pu y participer, la douleur et les larmes nous en interdisaient l'exubérance.
Je reste convaincu que le sacrifice suprème de nos jeunes, qui d'idées et d'horizons différents, représentaient à cette époque le courage de la France, n'aura pas été vain.
lls n'auront pas vu leur pays bien aimé enfin libre, comme ils l'avaient tant espéré. Ceux de mon âge, sans oublier bien sûr les dramatiques guerres d'Indochine et d'Algérie, auront grâce au sacrifice de leurs ainés, bénéficié d'une longue période de paix, ils ont eu la chance de trouver du travail et de fonder une famille dans un pays libre.
Los noms de nos chers disparus nous sont et nous restent affectueusement familiers de Fernand BELLENGER à Pierre WECZERKA. Puisse leur mort ne jamais s'oublier et qu'elle demeure dans le coeur de tous l'exemple d'une merveilleuse jeunesse, unie, fratemelle et capable de répondre au sens infaillible du devoir, jusqu'à donner leur vie pour l'honneur et la liberté.