La Contre Propagande - notes

1. Certains grands mouvements (l'OCM, Ceux de la Résistance, Ceux de la Libération, il est vrai, ne possédaient pas un journal en propre.  Sur la presse clandestine, consulter C. Bellanger, La Presse Clandestine 1940-1944, Paris, Colin, 1961. [Un ouvrage de la collection «Kiosque», qui permet de très bien appréhender la Résistance Intérieure.]

2.  Certains mouvements s'assurèrent le concours de journalistes professionels, tels Georges Altman et Yves Farge à Franc-Tireur, Roger Massip à Libération, plus tard Pascal Pia et Camus à Combat.

3.  Citons pour la région lyonnaise: Martinet, Pons, Chevalier, Agnel, Villemagne...; dans la région parisienne, Geraerdt, De Rudder...  Pour des raisons de sécurité, il fallait parfois composer chez X et tirer chez Y (le plus souvent sur d'humbles «bécanes» tirant à plat).  Certains mouvements purent assez vite acquérir leur autonomie: dès décembre 1941, Défense de la France mettait la main sur une Rotaprint qui était installée dans les caves de la Sorbonne; plus tard, sous la direction d'un jeune polytechnicien, Bollier-Velin, à qui Martinet avait appris le métier, Combat se donnait une remarquable imprimerie, dotée d'une grosse «bécane», rue Viala à Villeurbanne: c'est là que Bollier et ses compagnons tombaient les armes à la main, le 17 juin 1944: en février 1944 était arrêté tout le personnel des imprimeries des frères Lion, à Toulouse, un jeune apprenti résistant qui sera déporté: il s'appelle Georges Séguy.

4.  Elle fut ensuite dirigée par Vercors, Paulhan et Eluard, avec l'aide d'Aragon, de Cassou, de Chamson, de Mauriac.

5.  «Publiés sous l'oppression aux dépens de quelques lettrés patriotes.»

6. La sortie du roman dut être retardée de six mois pour des raisons de sécurité; ce retard fit que certains résistants crurent à tort y discerner un plaidoyer déguisé - seul le silence semblant digne face à l'occupant - en faveur de l'attentisme.

7.  C'est un agrégé d'allemand et romancier, membre du PCF, Jacques Decourdemanche, qui conçu le projet de publier une revue clandestine qui fût à la fois militante et ouverte à toutes les familles spirituelles de la Résistance; il eut l'appui immédiat de Paulhan et de Jacques Debû-Bridel.  Après son arrestation, le romancier Claude Morgan et l'historienne Edith Thomas eurent à confectionner à eux seuls les tout premiers numéros; par la suite, le Comité directeur s'élargissait à Aragon, Blanzat, Guéhenno, Mauriac, le RP Maydieu, Vildrac.  Les Lettres françaises publièrent 20 numéros avec des articles de: C. Bellanger, Cassou, M.-P. Fouchet, L. Parrot, R. Queneau, C. Roy, J.-P. Sartre, P. Seghers, J. Tardieu, E. Triolet...

8.  Suivre avant tout P. Seghers dans son très précieux périple rétrospectif aussi précis que chaleureux: la Résistance et ses poètes, Paris, Seghers, 1974.  [Une fort belle anthologie commentée avec chaleur, esthètes patentés s'abstenir.]

9.  Cette littérature militante rencontra des soutiens en dehors de l'hexagone: Max-Pol Fouchet et sa revue Fontaine publiée à Alger ou l'éditeur genevois François Lachenal... Supervielle, pour sa part, faisait paraître en Argentine ses très beaux Poèmes de la France malheureuse.

10.  L'anonymat dissimulait entre autres Aragon, Desnos, Eluard, Guillevic, Francis Ponge, Pierre Seghers, Tardieu, Vercors; deux poèmes n'ont pu être identifiés, écrits par des inconnus vraisemblablement disparus dans la Résistance.

11.  Retenons le Déshonneur des poètes, pamphlet iconoclaste publié en 1945.  Benjamin Péret y estimait - ce qui est parfaitement son droit - que «ces poésies ne dépassaient pas le niveau lyrique de la publicité pharmaceutique», tout en réglant - ce qui peut apparaître plus contestable - un arriéré de comptes avec les staliniens, les curés, les jacobins et bien d'autres pour exalter une «poésie révolutionnaire» qui - par perfectionnisme peut-être - brilla surtout par son absence.

12.  Soulignons le fait qu'un René Char choisissait de ne rien publier tout en étant devenu le capitaine Alexandre.  Inversement, Picasso continua, somme toute, de peindre comme si de rien n'était.

13.  Il est tout aussi vrai que les mauvais jours ne font pas forcément les beaux comportements.  Ainsi Gide utilisa ces quatre années à cultiver avec la plus grande circonspection son moi favori et tyrannique au point qu'il lui interdit de s'associer à la pétition lancée contre les exécutions de Châteaubriant.