Résister

Le 17 juin 1940, deux officiers allemands viennent chercher le préfet de l'Eure-et-Loir, Jean Moulin (photo). Ils veulent lui faire signer un document accusant des tirailleurs sénégalais d'avoir tué, à Saint Georges-sur-Yonne, des femmes et des enfants. Or, seule l'armée allemande est responsable du massacre. Jean Moulin, qui refuse de signer, est roué de coups et n'échappe à la mort que de justesse. Il rallie Londres, où le général de Gaulle (photo) le charge d'unifier la Résistance française. Victime d'une trahison, il retombera malheureusement aux mains des Allemands en juin 1943 et mourra en déportation.

Le 26 juin, alors que les Allemands sont déjà à Audierne, tous les hommes de l'île de Sein s'embarquent sur leurs bateaux de pêche pour rejoindre Londres et poursuivre la lutte.

Dans le Nord où, après les combats de mai et de juin, se cachent de nombreux soldats anglais, Maurice Dechaumont met sur pied une filière pour les faire s'évader.

A Toulouse, le même mois, le militant juif David Knout tape à la machine un appel à la résistance, qu'il distribue clandestinement.

En septembre, à Nantes, Royan, Rennes, les câbles servant aux transmissions de l'armée allemande sont coupés. Pierre Roche, auteur d'un sabotage à La Rochelle, est condamné à mort et exécuté.

Ce qui se passe en France se reproduit de manière identique dans tous les pays envahis par les armées allemande, italienne ou japonaise. Des patriotes se regroupent spontanément, refusant l'occupation de leur sol national, tandis que des souverains et des gouvernements qui n'acceptent pas de collaborer s'exilent à Londres. Tchèques, Polonais, Norvégiens, Hollandais, Belges, Yougoslaves, Grecs, se retrouvent dans la capitale britannique. L'action de ces exilés est d'abord de propagande et d'information. Chaque jour, la commandement BBC diffuse 35 heures d'émission vers 18 pays d'Europe occupée. Rapidement, différents réseaux s'organisent. En 1942, les réseaux belges ont mis sur pied une organisation centrale dont la mission est de transmettre le courrier de la Belgique vers l'Angleterre.

En mars 1942, la Résistance prend un nouveau visage. Japonais et Allemands subissent leurs premiers revers en Russie et dans le Pacifique, I'espoir renaît dans les pays occupés. De plus, nombreux sont les jeunes qui préfèrent passer dans la clandestinité plutŁt que d'être contraints d'aller travailler en Allemagne. Les résistants ne se contentent plus de saboter les voies de communication ou les usines qui travaillent pour l'ennemi, ni de transmettre des renseignements. Véritable « armée de l'ombre » ils s'attaquent maintenant aux soldats et officiers de la Wehrmacht --voire même aux chefs nazis, tel Heydrich abattu à Prague par des résistants tchèques le 27 mai 1942--, agissant comme autant de « boules de mercure insaisissables car toujours reformées,» selon l'expression du chef des Francs-Tireurs et Partisans français(F.T.P.F.), Charles Tillon.

Si le bilan des pertes allemandes dues à ces actions de guérilla est dérisoire comparé à celui des grandes batailles, elles n'en sapent pas moins fortement le moral des armées d'occupation qui, nulle part, ne se sentent en sécurité. La Gestapo, et les S.S., aidés par les policiers des pays dont le gouvernement collabore, traquent impitoyablement ceux qu'ils appellent des terroristes. Une fois arrêtés, ces derniers sont atrocement torturés, déportés ou fusillés. Pourtant, la répression n'empêche pas les effectifs de la Résistance de croître sans cesse.

Dans certains pays d'Europe, elle prend même une ampleur considérable. En Yougoslavie, les partisans, sous la direction de Tito, deviennent une véritable armée dotée, grâce aux Britanniques, de moyens considérables. En U.R.S.S., organisés par Staline et le Parti communiste, ils font régner l'insécurité dans les lignes allemandes et demoralisent l'occupant.

Certes, le sort de la guerre s'est joué lors des grands affrontements qui opposèrent les armées régulières des pays engagés dans le conflit. Pourtant, le rôle de la Résistance est loin d'être négligeable. Le combat clandestin s'inscrit en bonne place dans la guerre. Il témoigne surtout de la dignité de ceux qui préfèrent mourir debout que vivre à genoux.

Pierre et AnnetteWievorka -«La Seconde Guerre Mondiale» - Casterman 1985

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